Les décompressions, qu’est-ce que c’est ?

par Benjamin Antoine, , mise à jour

Pour les phobiques de l’avion, l’un des événements les plus anxiogène est la peur de la décompression de la cabine. Découvrez ce que c’est et comment les navigants sont formés pour y faire face.    

Photo prise à bord d'un avion Corsair en vol (par Marco972)

Photo prise à bord d’un avion Corsair en vol (par Marco972)

Dans quelle condition évolue un avion de ligne ?

La plupart des appareils évoluent à une altitude se situant entre 8 et 10 000 mètres. Une pression atmosphérique quatre fois inférieure au niveau de la mer, le froid (-50°C) et la sécheresse de l’air rendent ce milieux non viable pour l’organisme.  Afin de permettre aux passagers d’évoluer en toute sécurité, les appareils sont pressurisés à une «altitude cabine » de 2500 mètres.

Comment l’air est-il rendu respirable ?

Pour  permettre aux voyageurs d’emprunter des vols dans des conditions supportables, un avion est gonflé artificiellement avec de l’air de manière similaire à un ballon de baudruche.

Photo d'un réacteur d'un Airbus de Qatar (Pic : WhatTheFlight)

Photo d’un réacteur d’un Boeing 787 Dreamliner de Qatar (Pic : WhatTheFlight)

L’air aspiré au niveau des compresseurs des réacteurs est diffusé dans le système de climatisation. L’air usé est rejeté vers l’extérieure par une ou deux vannes dont l’ouverture plus ou moins importante régule la pression en cabine.

Qu’est qu’une décompression ?

Une décompression correspond à une augmentation plus ou moins rapide de l’altitude en cabine et donc une baisse de la pression à l’intérieur de celle-ci. Il existe en existe deux types,  les lentes et les explosives.

La décompression lente

La décompression lente survient généralement suite à un souci d’étanchéité au niveau d’une porte. Il peut aussi arriver qu’il s’agisse d’une défaillance du système de pressurisation de l’appareil qui soit en cause . De l’air s’échappe de la cabine, et l’oxygène commence à diminuer au fur et à mesure que « l’altitude cabine » augmente.

Porte d'un avion de Qatar (pic : WhatTheFlight)

Porte d’un avion de Qatar (Pic : WhatTheFlight)

Dès que «l’altitude cabine» atteint les 4500 mètres, les masques à oxygène tombent automatiquement.

La décompression explosive

La décompression explosive est un phénomène beaucoup plus violent mais encore bien plus rare. Elle correspond à une chute brutale (moins d’une seconde) de la pression en cabine ce qui peut être provoqué par l’arrachage d’une partie d’un élément de la structure, une bombe… L’évènement se traduira par un bruit intense, un épais brouillard et tout ce qui n’est pas attaché sera susceptible d’être projeté.

Décompression à bord d'un avion de Qantas après une explosion en soute

Décompression à bord d’un avion de Qantas après une explosion en soute

Le changement de pression rapide peut entraîner chez les passagers une dilatation des gaz dans l’organisme et une expulsion rapide de l’air contenu dans les poumons.

Le cas Aloha Airlines

L’un des cas les plus célèbres est le Boeing 737-200 d’Aloha Airlines qui au milieu du vol a vu une partie de son fuselage s’envoler, créant une décompression explosive.

Le Boeing d'Aloha après la décompression explosive

Le Boeing d’Aloha après la décompression explosive

Grâce au travail exceptionnel de l’équipage l’appareil a pu se poser. En cabine, Michelle Honda avait été violement projetée au sol pendant la décompression. Malgré ses blessures, le vent et le froid elle a rampé dans l’allée pour assister les passagers à se préparer à un possible amerrissage. Clarabelle “C.B.” Lansing, une autre hôtesse est la seule victime à déplorer. Elle s’est envolée.

Comment doit réagir l’équipage ?

Dans le poste de pilotage

A partir du moment où la défaillance du système de pressurisation a été décelée par les pilotes (PNT), ils vont immédiatement enfiler un masque à oxygène. Il se trouve à gauche du commandant et à droite du co-pilote. Applicable d’une seule main, il permet aux PNT d’avoir deux heures d’oxygène pure. Ils ont ensuite amorcé la descente d’urgence avant de se dérouter vers l’aéroport le plus proche.

Dans la cabine

En cabine, dès que l’altitude a atteint les 4500 mètres, les masques à oxygène tombent devant les passagers. Sur certains appareils, cette chute peut même être accompagnée d’une bande son pré-enregistrée invitant les personnes à s’équiper dans les plus brefs délais. Si ce n’est pas le cas, les hôtesses et stewards (PNC) crieront des ordres comme «Tirez sur un masque, appliquez le sur le visage».

Alex D, membre de WhatTheFlight a vécu une décompression à bord d'un vol Vueling

Alex D, membre de WhatTheFlight a vécu une décompression à bord d’un vol Vueling

Dès que possible, ils effectueront des annonces standards.Et si les masques ne tombent pas ? Les pilotes pourront les actionner depuis le poste ou alors les PNC les sortiront manuellement.

Le danger mortel : l’hypoxie

Pendant une dépressurisation, le principal danger provient de l’hypoxie.

Photos prises pendant des dépressurisations (Twitter via mashable)

Photos prises pendant des dépressurisations (Twitter via mashable)

Ce phénomène est provoqué par la diminution de la saturation de l’oxygène dans le sang ce qui a pour effet d’altérer rapidement les facultés d’une personne sans qu’elle s’en rende compte et de mener à l’évanouissement et à la mort. D’où l’importance de savoir comment utiliser les masques à oxygène, seul moyen de palier à ce phénomène.

Source : Dictionnaire médical de l’Académie de Médecine, Guide pratique du personnel navigant commercial

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A propos de l'auteur Benjamin Antoine

HappyFlight

Ancien personnel navigant commercial (steward) sur court, moyen et long courriers, je garde une passion pour l'aérien.